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08. 9月 1990
La Liberté
(La Liberté Dimanche)
Fribourg
Claude Chuard
LES CAUCHEMARS DE G. HELNWEIN
Gottfried Helnwein et ses cauchemars provoquant débarquent en Suisse. Depuis quelques jours, l'œuvre de cet artiste autrichien est partout. A Lausanne, le Musée de l'Elysée accueille la première rétrospective de ses photographies. A Berne et à Bâle, deux galeries exposent ses toiles les plus récentes, de très grands formats aux tons pastel. Pour la Suisse, c'est une première. Car cet artiste déjà très célèbre outre-Rhin ainsi qu'aux USA n'avait jamais encore été exposé en Suisse.
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Une image obsédante résume Helnwein: un autoportrait représente l'artiste la tête enveloppée dans des bandages, les yeux taraudés par des écarteurs, la bouche parfois tordue par des instruments chirurgicaux. Créée en 1970, cette image forte a connu de multiples variantes, photo, dessin, peinture. Elle renvoie à un des thèmes centraux (torture, martyr, violence) de l'uvre d'un des artistes autrichiens les plus turbulents de sa génération.
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Gottfried Helnwein (1948) est né et a grandi dans la Vienne d'après-guerre. Une ville qui n'avait qu'une idée: oublier son honteux passé nazi, l'Anschluss, l'antisémitisme virulent, le suicide collectif d'une génération culturelle, peut-être la plus brillante de ce siècle. A l'inverse de ses compatriotes, Helnwein n'a jamais oublié et s'est efforcé dans toute son uvre de rappeler à ce pays sa tragique amnésie.
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Membre actif du «Wiener Actionismus», il a multiplié dès la fin des années 60 les happenings, les actions de rue, cherchant à impliquer le public, le contraignant à se contempler dans un sombre et inquiétant miroir. Le point culminant de sa démarche fut atteint en 1979 lorsqu'il s'attaqua à un célèbre psychiatre viennois, coupable d'avoir euthanasié sous Hitler des centaines d'enfants handicapés en les empoisonnant. Helnwein publia une lettre ouverte accompagnée d'un dessin qui représentait un enfant mort, la tête dans une assiette empoisonnée. Son intervention, jugée de fort mauvais goût mit toute la bonne société viennoise en émoi.
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Peintre et dessinateur brillantissime, Helnwein se situe au carrefour de l'hyperréalisme et de l'ultranaturalisme. Très tôt, il a pris l'habitude de passer de la peinture à la photographie ou au dessin dans un mouvement cyclique qui vise autant à nourrir ses thèmes qu'à abolir les frontières subjectives érigées entre chaque moyen d'expression.
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Militant et provocateur, non-violent, écologiste, Helnwein ne se sent néanmoins aucune vocation d'artiste maudit. Très vite ses toiles, ses photographies ont atteint une grande célébrité que l'artiste n'a jamais fuie. En 1983, son exposition au Musée des beaux arts de Munich attira cent mille visiteurs en quelques semaines. Un record bientôt relié par la cote de ses tableaux. Aujourd'hui ses toiles se négocient à des prix à cinq zéros.
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Trivial et naïf
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Dès 1973, G. Helnwein a développé en marge de son uvre des travaux d'art appliqué créant de nombreuses couvertures pour newsmagazines, adaptant la thématique de ses toiles au poster et à l'affiche culturelle, aux pochettes de disques.
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Artiste engagé, Helnwein se considère autant comme le produit de la société que comme son contempteur. Ses sources d'inspiration, il les tire de la mythologie et de la culture populaire qu'il caricature et même temps qu'il en dénonce l'aliénation. Dès lors, pas étonnant qu'il fasse de la trivialité un des leviers de son uvre. Ses modèles sont contemporains, de Donald Duck, le héros de Walt Disney à la musique rock. Dans cette perspective, Helnwein a réalisé en photo une impressionnante galerie de portraits de stars du rock. Leur image, tirée en grand format ne participe d'aucun culte de la personnalité. Le photographe révèle au contraire la faille, l'usure, le tourment de chacune d'elle.
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L'enfance apparaît également comme l'un de ses thèmes récurrents. Aucune mièvrerie dans ce registre mais une violence provocatrice. En père de famille attentif, G. Helnwein dénonce l'autoritarisme de l'éducation, le pouvoir exorbitant des adultes sur les enfants. Emerveillé par l'univers de l'enfance, son sens du fantastique et du grotesque, G. Helnwein estime que l'artiste adulte ne peut que rêver de la spontanéité propre à l'enfance, un trésor qu'il faut protéger.
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Les trois expositions suisses permettent donc de saisir cette uvre dans ses principales articulations. A Lausanne, le Musée de l'Elysée montre une impressionnante série d'autoportraits mutilés, des tableaux mixtes, photo et peinture ainsi que la puissante galerie de stars. A Berne, Helnwein révèle pour la première fois en public des toiles de très grand format aux tons bleu ou vert pastel ainsi que des scènes familiales au vérisme provoquant.
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Lausanne, Musée de l'Elysée, jusqu'au 21 octobre
Berne, Chalet Muri, jusqu'au 29 septembre Bâle, Galerie Liliane Andrée, jusqu'au 6 octobre |
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| 08. 9月 1990 | La Liberté | Claude Chuard | |
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