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2010/03/05
Libération
Judith SOURIAU
Armory-Show-de-New-York-entre-fin-de-crise-et-couleurs-artificielles
Armory Show de New York, entre fin de crise et couleurs artificielles
The Armory Show, du 4 au 7 mars, Piers 94, 12th Avenue & W 55th St, Manhattan, New York, NY 10019 (USA)
On ne peut pas ne pas remarquer que les artistes présents à la Biennale du Whitney sont méthodiquement mis en avant par leurs galeries – mais certains prétendront que c’est plutôt l’inverse qui se produit, et que les grosses galeries commerciales dictent les choix des curators. Si la crise explique à la fois le renouveau bienvenu des galeries et certaines inégalités, nous choisirons comme œuvres emblématiques de l’Armory Show 2010 la danseuse de Degas renversée par Richard Jackson à la galerie GP&N Vallois (Paris) et le regard troublant, tenace, de l’enfant peinte par Gottfried Helnwein à la galerie Friedman Benda (New York) : bouleversements, doutes, mais qualité.
Murmur of the Innocents 13
mixed media (oil and acrylic on canvas), 2009, 220 x 330 cm / 86 x 129''
Achats en berne, baisse des budgets, fermeture de galeries : le contexte économique de l’art contemporain aux Etats-Unis était jugé morose ces derniers mois, et les galeries internationales montraient un faible enthousiasme pour la foire new-yorkaise The Armory Show, qui ouvrait ses portes hier, jeudi 4 mars.
La section contemporaine de l’Armory Show accueille cette année 167 galeries dont 55% d’étrangères – faute de temps, nous laisserons de côté la section moderne et ses 66 galeries. Ce qui se dégage à première vue des allées, c’est la profusion, le volume et les couleurs auxquels nous avaient déjà habitués les dernières éditions de la londonienne Frieze. Les animaux superposés (vache sur lion sur paon) de Joachim Schönfeld à la galerie Goodman (Johannesburg, Le Cap) et le pirate de 3 mètres de haut de Peter Coffin chez Emmanuel Perrotin entrent indéniablement dans la catégorie monuments. La galerie Nicole Klagsbrun (New York) gagne la palme de la couleur avec un stand intégralement jaune (I am curious yellow d’Adam McEwen). Beaucoup de couleurs également sur les stands de L.A Galerie-Lothar Albrecht (Francfort) et du Studio La Citta (Rome) ; voire même une certaine agressivité visuelle chez Lehman Maupin (New York), Tanya Bonakdar (New York) et Continua (San Grimignano, Pékin, Le Moulin), connus pour davantage de subtilité.
Certains stands virent à l’attraction: ainsi la manucure chez Michael Stevenson (Le Cap) et le «May I help you forget something ?» de l’hôtesse qui vend pour 25$ un spray «pour oublier» de l’artiste Reed Seifer, en édition limitée. Les français ne sont pas en reste : les imposantes sculptures en cuivre de Lang et Baumann chez Hervé Loevenbrück sont contrebalancées par les petits objets manufacturés de Dewar & Giquel ; Emmanuel Perrotin montre une sculpture équilibriste très aboutie de Daniel Firman ; et la galerie de multiples gdm développe son concept d’éditions - des œuvres de grands artistes produites en plusieurs exemplaires, ce qui permet de baisser les prix - sur un continent dont la culture y est volontiers ouverte. Les portraits de Linette Yiadon-Boakye se dégagent chez Faye Fleming & Partner (Genève), ainsi que les stands des galeries Yossi Milo (New York) et Boers-Li (Pékin) dont la qualité n’est pas démentie. Certaines galeries offrent une respiration salutaire : ainsi la ligne de diapositives de Philip-Lorca diCorcia chez David Zwirner (New York), le stand très épuré de Magazzino (Rome), la vidéo apaisante de John Gerrard chez Simon Preston (New York), et les quatre toiles de Koen van den Broek chez Figge von Rosen (Cologne). Le choix artistique le plus radical est sans doute celui de la galerie Layr Wuestenhagen, dont les murs restent vides entre les performances mimées de Julien Bismuth qui viennent les habiter une fois par jour. Enfin, le choix de Berlin comme ville « Focus » semble peu risqué, mais le secteur est à l’image du dynamisme de la capitale allemande en termes d’art.
On ne peut pas ne pas remarquer que les artistes présents à la Biennale du Whitney sont méthodiquement mis en avant par leurs galeries – mais certains prétendront que c’est plutôt l’inverse qui se produit, et que les grosses galeries commerciales dictent les choix des curators. Si la crise explique à la fois le renouveau bienvenu des galeries et certaines inégalités, nous choisirons comme œuvres emblématiques de l’Armory Show 2010 la danseuse de Degas renversée par Richard Jackson à la galerie GP&N Vallois (Paris) et le regard troublant, tenace, de l’enfant peinte par Gottfried Helnwein à la galerie Friedman Benda (New York) : bouleversements, doutes, mais qualité.
Née en 1982, Judith Souriau est commissaire d'expositions et critique d'art, en France et à l'étranger (New York, Bruxelles). Elle collabore à plusieurs revues et prépare une thèse de doctorat à l'Université Paris 1 sur la postérité de la critique institutionnelle.




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